Thérapie des schémas partie 2 : Les schémas, les croyances profondes construites dans l’enfance
Au cœur de la thérapie des schémas se trouve la notion de schéma précoce inadapté (SPI). Un schéma est un ensemble de croyances/pensées, d'émotions, de souvenirs et de sensations corporelles qui se développe au cours de l'enfance ou de l'adolescence à partir d'expériences de vie. Les schémas se construisent lorsque certains besoins émotionnels fondamentaux ne sont pas suffisamment satisfaits (Voir l’article Thérapie des schémas partie 1 : les besoins fondamentaux des enfants).
Il est notamment possible d’en développer en étant en contact avec des figures d’attachement qui ont elles-mêmes ces fonctionnements.
A leurs créations ces schémas sont pertinents, ils ont permis à l’enfant de se protéger ou de se défendre, seulement avec le temps nos fonctionnements ont tendance à se rigidifier et c’est là qu'ils deviennent inadaptés. En effet, de recourir toujours aux mêmes pensées et stratégies ne permet plus d’être dans la souplesse et finit bien souvent par nous enfermer dans notre souffrance.
Les schémas précoces sont répartis en cinq domaines :
Séparation et rejet
Altération de l’autonomie et de la performance
Limites déficitaires
Centration sur autrui
Hypervigilance et inhibition
Les 18 schémas qui existent sont répartis en deux catégories : les schémas primaires, qui arrivent dans un premier temps dans la construction d’une personne et les schémas secondaires (sont surlignés en bleu dans la suite de l’article) qui se développent en réaction aux schémas primaires. Ces derniers permettent d’avoir un sentiment de contrôle sur ce qui arrive à l’enfant.
Par exemple, je grandis avec la croyance que les autres vont m’abandonner (schémas d’abandon/instabilité) et je vais réagir avec un schémas secondaire d’abnégation : si je prend énormément soin des autres, je vais devenir important.e pour eux et ils auront besoin de moi, alors ils ne m'abandonneront pas.
Domaine Séparation et rejet
Présentation clinique | Origines possibles | |
Abandon Instabilité | Je perçois comme instable ou non fiable les gens qui m’entourent. J’ai le sentiment que mes figures d’attachement ne pourront pas continuer à être des sources de soutien émotionnel, parce qu’elles sont émotionnellement ou physiquement instables et imprévisibles. J’ai peur que quelqu’un d’important pour moi meure J’ai la crainte d’être abandonné.e pour quelqu’un de mieux que moi. | Il est possible que j’ai vécu le décès précoce d’un de mes proche et/ou ait subit l’abandon d’une figure d’attachement. Mes figures d’attachement ont été indisponibles émotionnellement ou physiquement en raison de problèmes de santé, d’un emploi demandant, de traumatismes passés, de dynamiques familiales difficiles… |
Méfiance Abus | J’ai l'impression que les autres vont me faire du mal, vont abuser de moi, m'humilier, me tromper, me manipuler ou profiter de moi. Je pense que les autres ne sont pas fiables et sont potentiellement dangereux. Je ne peux pas faire confiance aux autres. | Il est possible que j’ai subi des violences durant l’enfance (sexuelles, physiques, émotionnelles ou verbales), de l’intimidation par les gens de mon âge, des menaces, du harcèlement ou encore que j’ai grandi dans un contexte de vie insécurisant. |
Carence affective | J’ai l’impression que les autres ne peuvent pas répondre à mes besoins émotionnels, qu’ils ne savent pas faire, ne veulent pas… J’ai le sentiment de manquer d’affection, d’empathie ou de protection. Je ressent souvent un sentiment de vide. | Mes parents ont étés émotionnellement peu disponibles, distants, peu empathiques ou encore froids. |
Imperfection Honte | J’ai l’impression d’être une mauvaise personne, non désirée, inférieure aux autres… J’ai honte au sujet des défauts que je perçois chez moi, soit des défauts internes (je me trouve égoïste, j’ai des pulsions agressives, des désirs sexuels inacceptables…) ou externes (en raison de mon apparence physique, de ma maladresse sociale…) Je suis très sensible à la critique, au rejet et au blâme. Je suis souvent embarrassé.e et me sens en insécurité dans mes rapports sociaux. | J’ai été dévalorisé.e, humilié.e et/ou pas suffisamment valorisé.e pendant mon enfance par mes figures d’attachement, mes amis, ma famille… |
Exclusion Rejet Isolement social | J’ai souvent l’impression d’être isolé.e du reste du monde, d’être différent.e des autres, de ne faire partie d’aucune communauté ou d’aucun groupe. | Ce schéma peut venir d’une réelle différence (religion, ethnie, orientation sexuelle…) par rapport au reste de ma communauté. C’est aussi possible que je me sente isolé.e si ma vie d’adulte est très différente de mon enfance. Il se peut aussi que j’ai émigré, été adopté et ressente une différence culturelle. |
Domaine Altération de l’autonomie et de la performance
Présentation clinique | Origines possibles | |
Dépendance Incompétence | J’ai l’impression d’être incapable de gérer mes responsabilités quotidiennes avec compétence, sans beaucoup d’aide des autres. Je ressens souvent un sentiment d’impuissance. | Mes figures d’attachement ont pu :
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Vulnérabilité au danger ou à la maladie | J’ai une peur démesurée qu’une catastrophe imprévisible ne survienne sans que je puisse m’en protéger ou protéger mes proches. | Mes parents ont eux-même des peurs démesurées et/ou ont vécu des événements traumatiques graves. Mes figures d’attachements ne m’ont pas suffisamment protégés et depuis le monde me semble dangereux. |
Fusion Soi non-développé Personnalité atrophiée | J’ai souvent une implication émotionnelle démesurée envers les personnes importantes pour moi, cela ne me permet pas de développer ma personnalité, de donner mon avis et de m'opposer aux autres. Je ne sais pas ce que j’aime, quelles sont mes valeurs et mes envies. J’ai le sentiment que mes choix sont essentiellement calqués sur l’avis des autres. | Mes figures d’attachement m’ont très souvent surprotégé.e ce qui ne m’a pas permis d’expérimenter par moi même. Dans mon enfance, mes différences ont étés souvent dévalorisées |
Échec | J’ai souvent l’impression d’avoir échoué ou que je vais échouer à coup sûr. J’ai m’impression d’être fondamentalement incompétent.e. Ce schéma est souvent développé dans le milieu scolaire. | Mes parents ont jugé sévèrement mes performances/résultats. Enfant, j’ai souvent pu souffrir de la comparaison avec mes camarades, ma fratrie… Je peux me sentir en échec car j’ai émigré et je ne me sens pas adapté.e à mon nouvel environnement. Mes parents ont souvent étés trop indulgents et ne m’ont pas encouragés dans mes compétences et apprentissages. Mes parents ont des carrières très prospères et j’ai grandis avec l’idée que je devais faire comme eux pour réussir. |
Domaine Limites déficitaires
Présentation clinique | Origines possibles | |
Droits personnels exagérés Grandeur | J’ai souvent l’impression que je peux tout faire, avoir tout ce que je veux sans me soucier des autres. J’ai tendance à affirmer mon pouvoir, à imposer mon point de vue ou à contrôler les comportements des autres. Je suis exigeant envers les autres. J’ai peu ou pas d’empathie pour les besoins et les sentiments des autres, je considère que ce que je veux est plus important que ce que veulent les autres. Ce schéma peut aussi être un schéma secondaire, l’enfant développe une attitude de supériorité pour faire face à une grande vulnérabilité. | Mes parents m’ont transmis l’idée que je suis un enfant exceptionnel, dans mon enfance j’ai rarement été contredit et mes besoins passaient souvent avant ceux des autres. Face à des schémas primaires (échec, imperfection, abandon…) j’ai mis en place cette stratégie de supériorité pour me protéger, si je suis supérieur aux autres alors personne ne pourra me rabaisser. |
Contrôle de soi insuffisant Manque d’autodiscipline | Pour réussir mes objectifs j’éprouve des difficultés à me contenir et à tolérer la frustration. Il est difficile pour moi de gérer mes émotions et mes impulsions. J’évite au maximum la douleur émotionnelle, les conflits, les affrontements et les responsabilités. | J’ai grandi avec soit peu de règles soit beaucoup trop. Les adultes répondaient très rapidement à mes besoins et envies, ce qui ne m’a pas appris à tolérer la frustration. Mes figures d’attachement avaient tendance à éviter les conflits et cédaient souvent à mes demandes. |
Domaine Centration sur autrui
Présentation clinique | Origines possibles | |
Assujettissement | J’ai souvent tendance à étouffer mes besoins/émotions et à adopter une posture soumise face à quelqu'un perçu comme dominant (plus intelligent, plus important…) Il est possible d'étouffer/ne pas écouter : - mes besoins. J’ai tendance à les délégitimer, j’estime souvent que je n’ai pas vraiment besoin de ça, ce qui m’est arrivé n’est pas grave. - mes émotions (surtout la colère). J’estime souvent que je n’ai pas de raison d’être triste/en colère. J’en fait trop, je dois dépasser ce mal-être et ne pas faire d’histoires. Il m’est difficile d’identifier mes besoins et mes émotions. | Lorsque j’étais enfant et que je n'obéissais pas, mes parents réagissaient en étant contrôlants, punitifs, froids ou culpabilisants. Mes parents ne me permettaient pas de prendre de décision, ne me donnaient pas de liberté. Mes figures d’attachements ont pu être absentes, elles manquaient de fiabilité, n'étaient pas suffisamment responsables, ou se victimisaient. Souvent, mes parents ont pu ne pas respecter mes besoins et opinions. Il se peut que j’ai grandi avec des adultes déprimés ou anxieux de sorte que je devais mesurer mes paroles et ne pas exprimer mes réels besoins/envies. |
Abnégation | J’ai tendance à me sacrifier pour répondre aux attentes des autres, au détriment de mon propre équilibre de vie. Je suis très sensible à la souffrance des autres. J’ai souvent le sentiment que les autres ne répondent pas à mes besoins et cela m’agace, m’énerve. | Mes parents ont énormément valorisé l’importance que je réponde à leurs besoins ou à ceux des autres. Mes comportements d’abnégation (sacrifice de soi) ont souvent été encouragés et valorisés dans mon enfance. |
Recherche d’approbation ou de reconnaissance | J’ai un grand besoin d’obtenir la reconnaissance et l’attention des autres. Mon avis et mes actions dépendant souvent des réactions des autres, j’ai une estime de moi basée essentiellement sur les réactions des autres. | J’ai grandi avec des parents accordant une trop grande importance à l’opinion des autres. Je suis né.e avec une tempérament naturellement timide et introverti, et j’ai souvent donné de l’importance à l’approbation des autres pour me sentir solide. |
Domaine Hyper-vigilance et inhibition
Présentation clinique | Origines possibles | |
Négativité Pessimisme | Mon attention se concentre sur les difficultés, sur les problèmes, au détriment de ce qui peut être ressourçant, positif, agréable et satisfaisant. J’ai une peur démesurée de commettre des erreurs qui auraient des conséquences désastreuses. J’ai des inquiétudes chroniques face à l’avenir et je suis constamment en vigilance excessive sur les risques qui m’entourent. | J’ai grandi dans un environnement dans lequel flotte une vision pessimiste de la vie et où on attribue une importance exagérée aux erreurs. Mes parents sont possiblement assez anxieux et ont une vision globalement assez pessimiste. |
Inhibition émotionnelle Surcontrôle émotionnel | J’ai tendance à inhiber mes réactions spontanées pour éviter la honte, la désapprobation ou la perte de contrôle sur mes impulsions. Je n’écoute pas, ou très peu, mes ressentis émotionnels et physiques car ils peuvent me mettre en difficulté socialement. | J’ai grandi dans un milieu familial décourageant la spontanéité ou l’expression des émotions. Mes parents étaient peu à l'écoute ou disponibles pour mes émotions. Ils pouvaient même me reprocher et réprimer certaines de mes réactions. |
Exigences élevées Critique excessive | Je fais beaucoup d’efforts pour répondre à mes propres normes qui sont très élevées au sujet de comportements ou de performances. Cela peut prendre la forme de : - Perfectionnisme (niveau d'exigence élevée ou irréalisable) - Règles rigides (règles morales et éthiques...) - Préoccupations exagérées / importantes sur la gestion du temps et l’efficacité. Lorsque mes exigences ne sont pas remplies, j’ai tendance à me critiquer, culpabiliser ou me punir. | J’ai grandi dans un cadre familial ou l’amour est conditionnel. L’amour de mes parents dépend de ce que je fais, j’ai de l’affection/validation à condition de remplir leurs attentes et demandes. Il est possible que mes parents aient des exigences élevées envers eux même. Mes parents pouvaient m’humilier ou me critiquer si je ne répondais pas à leurs attentes. => Je suis à risque de burnout élevé |
Punition | Je crois qu’une personne qui fait des erreurs doit être punie sévèrement, et cela est aussi vrai pour moi. J’ai des difficultés à pardonner les erreurs, les fautes, à tolérer mes limites et celles des autres. | Dans mon enfance j’ai grandi avec des parents sévères, rancuniers, qui me punissaient par leur silence (silent treatment) ou encore en me privant de certaines choses fondamentales pour le bien être d’un enfant (sommeil, affection, moments de jeu, nourriture…) |
Une satisfaction « suffisante » plutôt que parfaite
Comme précisé dans l’article Thérapie des schémas partie 1 : les besoins fondamentaux des enfants. La thérapie des schémas, et la psychologie plus globalement, ne considèrent pas qu'un parent doive répondre parfaitement à tous les besoins de son enfant. Aucun parent n'est capable d'une telle perfection, et cela n'est d'ailleurs pas réaliste. Le plus important est de répondre de façon suffisamment bonne aux besoins des enfants.
Les stratégies d'adaptation
Dans une situation ou un schéma s’active, l’émotion, les sensations et les pensées négatives peuvent prendre de la place et face à cet inconfort, il existe trois façons de réagir :
Flight : l’évitement : la personne évite les émotions, les sujets le personnes pour ne pas ressentir les émotions associées.
Fight : la compensation : la personne adopte des comportements opposés à sa croyance pour lutter contre le schéma.
Freeze : la soumission : la personne accepte le schémas comme s’il était vrai.
Ces stratégies, bien que protectrices à court terme, tendent souvent à maintenir les difficultés sur le long terme.
Voici un exemple pour le schéma d’Abandon / Instabilité :
Évitement : La personne évite les relations profondes ou refuse de s’attacher pour ne pas risquer d’être abandonnée. Elle peut aussi se détourner rapidement dès qu’un lien devient trop significatif.
⇒ effet négatif : ce fonctionnement ne permet pas d’entrer durablement en relation avec les autres et amène souvent à un sentiment d’isolement et de solitude. Ce qui renforce le schéma initial.
Surcompensation : La personne adopte une hyper-indépendance et rejette toute aide ou attachement, persuadée qu’elle n’a besoin de personne. Elle peut aussi se montrer très exigeante dans ses relations, cherchant une preuve constante de l’engagement de l’autre dans leur relation.
⇒ effet négatif : ce fonctionnement rend difficile d’être en lien avec les autres, personne ne sera jamais à la hauteur de tant d’exigences. Cela peut faire sentir seul et pas important ce qui renforce le schéma initial.
Soumission : La personne s’accroche excessivement à ses partenaires ou à ses figures d’attachement, adoptant un comportement fusionnel et demandant une validation constante de la relation. Cela sert à contrer et à se rassurer face à la croyance que son environnement va l’abandonner.
⇒ effet négatif : ce fonctionnement peut être trop impliquant pour les autres et les étouffer, au quel cas les proches peuvent mettre leurs distances pour se protéger, ce qui confirme le schéma d’abandon/instabilité.
Finalement, les exemples présentés ci-dessus sont donnés à titre indicatif. De nombreuses autres expériences peuvent contribuer à l’apparition et au développement de certains schémas. Cet article a pour vocation d’apporter des éléments de compréhension sur les schémas et leurs origines. Toutefois, ces informations ne constituent pas une interprétation définitive de l’histoire personnelle de chacun. Il est essentiel que ces éléments puissent être explorés et discutés avec un.e professionnel.le compétent.e, afin de leur donner du sens au regard du vécu, de l’histoire et des expériences propres à chacun.
Barbara Laurent - Psychologue et psychothérapeute 2026



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